Le caillou veut être lumière. Il fait luire en l'obscurité des fils de phosphore et de lune. Que veut-il ? se dit la lumière, car dans ses limites d'opale elle se retrouve elle-même et repart. Federico Garcia Lorca
(...)
La poésie est le pédalier d'un rutilant vélo. En elle chacun grandit. Les chemins sont blancs. Les fleurs parlent. De minuscules fillettes surgissent à tout moment de leurs pétales. Cette excursion n'a pas de fin (.....)
Andréas Embirikos (La tresse d'Altamira) traduction Jacques Lacarrière
Je ne peux décemment, sur un texte si beau, déflorer son aura et me laisser, aller, minuscule fillette sur les chemins blancs, même si, il y a des fleurs partout.
Je vous laisse donc avec cette merveilleuse définition de la poésie.
Le caillou c’est le caillou, et l’étoile c’est l’étoile.
mais quand je prends le caillou dans ma main et le
serre et le jette et qu’à nouveau je le ramasse…..Quand je le
passe et repasse entre mes doigts…..l’étoile c’est l’étoile, mais
le caillou est à moi….
Et je l’aime !
Dulce María Loynaz, Poèmes sans nom XXI, traduction Claude Couffon
A la flamme du maintenant
Je concocte impatient la chanson de demain :
Je veux aspirer fort cette nouvelle époque
Dans ma grosse pipe de jade.
Curieuse, l’inquiétude a chassé le sommeil de mes yeux obliques.
Et pour sonder plus à fond l’horizon,
Je saute sur la vieille muraille du passé….
J’étais jusqu’à ces jours cérémonieux et pacifique !
Regino Pedroso (Pensées du nouvel étudiant) traduction de Claude Couffon
A la flamme du maintenant
J’évite la rosée car ses gouttelettes trop tendres
Parfois m’endorment
Je siffle une chanson fausse sur une aire d’autrefois
Qui avait vaincu à la force des tempes
Les nuisances ténébreuses
Il n’est pas trop tard pour y croire encore
Même si quelque chose a changé et cela n’a rien à voir avec l’âge
Il y a des connaissances qui semblent intéresser chaque composante
De ce monde qui part à la dérive
Mais le sang qui bat dans les tempes
Est un verre qui ne veut pas tomber ivre
La réalité est un sang neuf jamais éprouvé
Lorsqu’il coule de toute sa virginité dans la rue
C’est un sang cru
Il faut reconnaître son sacrifice
Se dire que celui-ci aurait pu être évité
Et la paix et l’amour et l’égalité et la justice
Ne se gagnent pas dans une cour d’opérette
Dommage !!
Il serait bien sage et à-propos
Que les gardiens du temple se laissent amadouer
Par Julio ou Chanteclerc
Avec une larme aux yeux
Ils sont des gardiens que rien n’arrête
Surtout pas ce qui sent très fort
Car hélas sans compassion je le dis haut et fort
L’odeur nauséabonde est leur vertu
Et chaque jour je parle des roses
Je parle des fleurs
J’admire les tapis et compose une mélodie
Propre au merle sans souci et pourtant plein de soucis
Ne me dites pas que je n’ai pas parlé des fleurs
La chanson à moi, très connue appréciée et perçue
Comme il se doit comme une évocation
Je singe la rose dans sa petite tenue
Et mon esprit s’évade près du peuple péruvien
Qui risque gros car il risque gros
Surtout les peuples indigènes, le peuple d’en-bas
Et notre chère Amazonie
Je récite la rose dans sa grande garde-robe
Et mon âme pleure avec les victimes tombées sur les barricades
Cordillère Royale Bolivie By LBM1948 - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=65883042
……écho de poète……
(….) Je naquis de l’enfantement de l’or
De la tourmente verte.
Il ne me manque ni le fouet de la foudre
Ni les rênes du vent,
Pour être le cavalier de l’aurore
Avec mon poncho de nuages
Et la guitare de cristal du fleuve
Sur les larges épaules de l’infini (….)
Raúl Otero Reiche, Chant à l’homme de la forêt (Canto al hombre de la selva) traduction Nicole Priollaud
J’ai parcouru l’âme entière de la cordillère
Suivant le sillon du condor
Et semé mes graines légères
A la volée du temps.
D’un nuage je dicte au vent ma leçon
C’est l’adéquation des verbes
La fusée du printemps rime en principe
La décision ultime.
Avec le sang de la selva j’écrirai le grand livre du monde
Puisant de l’encre dans celle venimeuse d’une minuscule grenouille
C’est poison et toxique la magie tellurique de la terre
Il convient de laisser
Rangées les choses
De savoir ne pas les exploiter
Je réciterai le serment sur le cerro de nuage
Détricotant les habitudes et brisant les compulsions
Rien qui ne soit simple vie à sa place dans ce monde
Immatériel
Rien qui ne soit beauté quand on a, au lever du jour
(…..) Alberti,
que tes eaux soient pures
dans ton ciel, que ta
pluie tombe doucement
aujourd'hui sur ma
poitrine,
que ton ciel pleuve fertile
en Espagne,
que ta voix soit entendue en Amérique,
et sur terre donne ses
fruits, des fleurs dans les océans,
sème des arbres chez les
hommes. Remplisse de fleurs
ce monde. (….)
Aconcagua Par François Bianco — Aconcagua reflexion, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=49260690
Echo de poète
Je me souviens des gestes
et c’était pour me donner de l’eau.
Dans la vallée du Rio Blanco,
où prend naissance l’Aconcagua, je vins boire,
je bondis boire dans le fouet d’une cascade,
qui tombait chevelue et dure et se rompait rigide et blanche.
Je collai ma bouche aux remous, et cette eau sainte me brûlait,
trois jours durant ma bouche saigna de cette gorgée d’Aconcagua (….)
"Boire", de Gabriela Mistral, extrait du recueil D'amour et de désolation, traduit de l’espagnol par Claude Couffon (ELA/La Différence 1988)
Et c’est ainsi que saigne le corps
Qui reçoit la douce source de la vie
Quand elle jaillit de ce long parcours
Elle a reçu en elle tant de promesses minérales
Tant de feu et d’ardeur
La tête nous tourne de toutes ces pierres qui se sont
Moulues jusqu’à plus faim
Pour se fondre dans l’eau qui désaltère
Mais la matière jamais ne se perd
Tout est recyclé
Et quand la brûlure de la terre en toi
Se fait plus forte c’est que
De sa manière forte elle crie
De tous ses yeux d’eau sacrée :
Elle a compris le message de la rareté.
Carole Radureau (09/04/2021)
……poésie d’avril 2021….
…..pas un jour sans poème……
C'est avec ce poème-passerelle de Gabriela que je termine cette (longue) première semaine d'avril consacrée à l'Echo des poètes (j'y reviendrais certainement dans quelques mois). Ce poème nous ouvre les bras de mon prochain thème, un thème qui me tient à coeur car il me semble de grande urgence et de grande importance puisque vital, l'étau se resserre comme un goulet sur son filet : l'eau.
Gabriela Mistral est née en 1889 au nord du Chili. Ses poèmes se font l'écho de ses amours brisées, de ses enfantements impossibles et vibrent de la force tellurique du continent sud-américain...
Mineur des Asturies mineur nègre de Johannesburg métallo
de Krupp dur paysan de Castille vigneron de Sicile paria
des Indes
(je franchis ton seuil – réprouvé
je prends ta main dans ma main – intouchable)
garde rouge de la Chine soviétique ouvrier allemand de la
prison de Moabit indio des Amériques
Nous rebâtirons
Copan
Palenque
et les Tiahuanacos socialistes
Ouvrier blanc de Détroit péon noir d’Alabama
peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l’antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
(….)
Jacques Roumain, Bois d’ébène : Prélude
Nous rebâtirons des édifices nouveaux dont
Les bases auront la saveur de la solidarité
Sur chaque marche chaque pas
Posé
Sera le pas qui ne se sait pas seul
Nous connaîtrons le travail collectif celui qui porte le nom
De Minga
Car c’est main dans la main que l’homme construit
Habite vit et sème
Aucun de nous ne sera laissé sur le bas côté
Exclu
Miséreux sans pain et sans eau
Veuve ou orphelin
Rien n’est écrit dans les manuscrits du monde originel
Sur le fait d’exclure et d’abandonner
Nous serons forts car unis nous serons
Nous ne serons pas violents, non, car
La violence ne sert qu’à renforcer l’adversité
Il est une paix qui peut s’inviter dans nos cœurs et nos vies
En construisant allant de l’avant dans l’unité
Sans se soucier du vent mauvais
La ligne de conduite la vérité
Nous serons forts car autonomes nous aurons su garder la terre
Garder l’air garder l’eau garder la vie sauvage
Et le tout en grande pureté
Nous serons forts car nous serons bien démarqués
N’attendant plus rien de ce monde qui nous écrase nous pille nous ploie nous brise
Et nous ronge comme un acier perdu
Il faudra du temps mais reconstruire n’est jamais rapide
Il faudra convaincre et pour se faire il faudra un argument d’amour
De tendresse et de compassion
Il faudra établir des bases élastiques et sincères
Des bases toutes ancrées sur le respect
De la terre-mère des droits humains de l’organisation collective
Il n’y a pas besoin de grandes terres encore sauvages pour construire une autonomie
Celle-ci peut s’établir dans l’atelier dans le quartier dans le village dans tout espace
Suffit de personnes volontaires et unies
Pour que les mains se serrent et se mettent en chœur au boulot
Et dans cette unité nulle couleur de peau nulle origine ne sera écartée
Car un frère est un frère une sœur est une sœur
Dans nos veines coule un sang de même couleur
Nos différences sont nos forces et découvrir nos différences
C’est découvrir les grandes richesses culturelles du monde
Qui dit que celui-ci vaut plus que celui-là ?
Qui se sent supérieur parce que sa peau est blanche ?
Il y a des cœurs qui s’affolent dans chaque corps humain et la
Souffrance porte toujours le même étendard le sien
La mort est une mise à égalité suprême
Ce n’est pas dur de marcher frères et sœurs main dans la main
Quand on laisse de côté son ego ce frein, son dogme ce frein,
Que l’on voit à côté de nous l’être humain.
L’utopie est un rêve qui jamais ne s’achève
Pourtant le chaos devrait faire réfléchir car il urge
De construire et bâtir les solidarités
Je sais qu’en ce monde de bonnes gens ont un cœur
Unissant ces cœurs nous formerons un édifice de grandeur et de paix.
Pas un jour sans poème en 2021 Poésie d'avril 2021 Le@der chardonneret rouge Pas un jour sans poème en 2021........... ...........Poésie d'avril 2021............... Le@der chardonneret élégan...
(….)
2. le vent souffle,
Un vent devenu séchoir rouillé.
De la guérite
Sortira un soleil
Bien coiffé.
Par n’importe quel moyen
Tâche de conserver toutes tes mains.
Même si l’iode et la nudité te démangent.
Avec leurs plaies béantes
Au bout des doigts
Presse-les
Sur l’empreinte du monde.
(….)
Aris Alexandrou, Sténographie du no man’s land in L’amertume et la pierre, poètes au camp de Makronissos 1947-1951, traduction Pascal Neveu
La fin du soleil
Est proche
Tout bien coiffé qu’il est
Quand la mort
Sort
Son képi sur la tête.
Séchant tout ce qui devait
L’être
Le vent
Prend le tournant
Dérapant sur les pierres
Rouillées.
L’empreinte du monde
Souillée maintes fois
Maintes fois souillée
Evite-les ou évite-les
Sur la pierre plate et pure
Pose ton pied
Sur la pierre ronde et lisse
Pose ta main
La ligne d’horizon est une
Empreinte tombée à l’eau
La pierre à retourner
Au besoin
Pour voir une autre face.
Carole Radureau (04/04/2021)
……poésie d’avril 2021….
……pas un jour sans poème……
Pas un jour sans poème en 2021 Poésie d'avril 2021 Le@der chardonneret rouge Pas un jour sans poème en 2021........... ...........Poésie d'avril 2021............... Le@der chardonneret élégan...