Le caillou veut être lumière. Il fait luire en l'obscurité des fils de phosphore et de lune. Que veut-il ? se dit la lumière, car dans ses limites d'opale elle se retrouve elle-même et repart. Federico Garcia Lorca
Parfaite pour la jolie tite’tête à couronner
Parfait éventail pour climatosceptique acharné
Parfaitement bleue et parfaitement jaune
Avec au milieu cette bouille de tendresse
Au bec-à-bisou libre de droit
Tite’bleue, nous te voulons reine
Nous voulons faire de toi notre chère souveraine
Que tu sois dure avec les durs
Douce avec les faibles
Que tu fasses régner la paix d’un énergique battement
De ton éventail à rêves.
Tite’bleue nous te désignons le trône
Fais-en ce que tu veux
Avec toi de toute façon
La magie sera chaque matin au rendez-vous.
Poète provincial,
oiseleur,
Je vais et je viens à travers le monde,
désarmé,
sans les autres, en sifflant,
soumis
au soleil et à sa certitude,
à la pluie, à son langage de violon,
à la syllabe froide de la rafale.
Oui oui oui oui oui oui
Je suis un oiseleur désespéré,
je ne peux pas me corriger
et même si je ne suis pas invité
les oiseaux à la tonnelle,
au ciel
ou à l'océan,
à leur conversation, à leur banquet,
je m'invite moi-même
et je les traque
sans préjugés :
chardonnerets jaunes,
grives noires,
sombres cormorans pêcheurs
ou merles métalliques,
rossignols,
colibris éclatants,
cailles,
aigles inhérents
aux montagnes du Chili,
loicas au poitrail pur
et sanguinolent
condors courroucés
et des merles,
peucos immobiles, suspendus au ciel,
diucas qui m'ont éduqué avec leur trille,
oiseaux de miel et de fourrage,
de velours bleu ou de blancheur,
oiseaux couronnés d'écume
ou simplement vêtus de sable,
oiseaux pensifs qui interrogent
la terre et picorent son secret
ou attaquent l'écorce du géant
ou ouvrent le cœur du bois
ou construisent avec la paille, l'argile et la pluie
la maison de l'amour et du parfum
ou doux jardiniers
ou voleurs
ou inventeurs bleus de la musique
ou témoins tacites de l'aube.
Moi, poète
populaire, provincial, oiseleur,
j'ai fait le tour du monde à la recherche de la vie :
d'oiseau en oiseau, j'ai connu la terre ;
j'ai reconnu où volait le feu :
la précipitation de l'énergie
et mon désintérêt a été récompensé
car, bien que personne ne m'ait payé pour cela
j'ai reçu ces ailes dans mon âme
et l'immobilisme ne m'a pas arrêté.
Pablo Neruda (Arte de pájaros) traduction carolita
Nuages qui semblent établis
Dans la grande demeure du ciel
Nuages probablement essentiels
Au fard gelé à l’haleine embrumée
Nuages au sol,
Tombés :
Pluie battue,
Sous votre tapis qui git ?
Sous votre moquette, qui végète ?
Qui grandit, qui croît sans bruit ?
Il nous faut grandir aller droit devant
Jusqu’à l’avènement de la lumière
Y compris sous la couchette frigorifique
Il nous faut verdir, remplir la feuille de route
De la chlorophylle
Coûte que coûte, surgir
Promesse du printemps précoce.