Lui et elle

Publié le 19 Novembre 2021

 

Lui, il est sur le déclin

Non, il n’est pas le dernier à offrir

Sa parure à la terre

Ça tient bon, ça tient longtemps

Jaunissant doucement

Se recroquevillant

Doucement

Avec un petit air dépité

De celui qui ne veut pas

Qui ne veut pas qu’on le voit nu.

 

Il a fait un bel été.

Beaucoup de feuilles

Pas trop d’insectes

Une petite maison des mésanges

Lui tenait compagnie

Une de ses branches a même servi de nid

Aux tourterelles

Mais ce fut un échec.

Il faut dire que cette année, lui,

Il a plus d’espace :

Il en a des choses dans la tête pour l’occuper

Cet espace laissé vacant par l’envahi

Vous savez le vieux pin abattu

Parasité de chez parasité.

 

Lui, il se plaît à penser grand

Il a envie enfin de s’exprimer

D’offrir encore plus de senteurs quand il est à

L’apogée

D’offrir encore plus d’ombre bienfaisante

De recevoir encore plus d’oiseaux

Mais non, pas l’épervier : vade retro satanas !

Lui a-t-il dit

Ce n’était pas gentil mais je l’ai entendu dire : trop tard, c’est fait.

 

Elle, elle est sur la remontée.

Une jolie petite remontée

Habituelle

Sensationnelle

De la couleur et de la senteur

Mais c’est pour les oiseaux

Elle avait mis de côté son espoir

S’étant faite petite à l’heure d’été

Pour elle c’est le printemps

La véritable apogée, l’heure de gloire

Là où peu de roses grimpantes lui arrivent à la cheville

Oh ! ils essaient bien, tous, comme ils le sont

Les créateurs, les rosiéristes

De vouloir passer au-dessus des vedettes de la grimpette d’autrefois :

Impossible !

L’époque a tout fait et les anciennes sont les anciennes :

Ce sont les plus belles

Parole de rosomane.

 

Elle, elle aime bien son petit Lui,

Son grand Lui

Il lui donne un petit peu de son ombre

Juste ce qu’il faut

Elle ne voudrait pas en avoir trop

Cela ternirait son teint de rose précieuse

Elle aime aussi se laisser parcourir par tous les oiseaux

Qui la connaissent maintenant

En dehors des saisons insectivores

C’est qu’il y a à manger pour eux

Elle, elle sert de garde-fou

Elle sert de garde-barrière :

Halte aux vilains mangetouts

Aux éperviers volants qui s’embringuent dans ses aiguillons

Comme dans des barbelés

Oh ! N’allez pas croire qu’elle est sévèrement aiguillonnée

Ce n’est pas le cas

Juste ce qu’il faut pour la dissuasion

C’est bien ainsi

Chacun joue son rôle

Les pouics-pouics sont protégés

Les insectivores y trouvent aussi leur compte

La belle reluit de toute sa rose ardeur qui tire au violacé

Elle écrit l’arôme sur un nuage au son lilas

Qu’il faut, derrière les carreaux

Déchiffrer avec un code spécial

Ne cherchez pas, il n’y en a qu’un et je le garde

Je ne peux partager tout ainsi

C’est entre la rose et moi

J’y pique assez de son nerf et de son air d’à-propos

Pour enluminer, vie, pages, proses et yeux.

 

Carole Radureau (19/11/2021)

 

Lui et elle
Lui et elle

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #Pas un jour sans poème

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A
Tellement bien raconté toutes ces petites vies liées ensembles, beaucoup de sensibilité attentive dans ce poème qui pourrait n'avoir jamais de fin...
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C
souvent je suis obligée de me mettre un frein parce que mes écrits sont souvent longs. Je ne sais pas comment ça se fait quand je démarre l'écrit, ça vient sans s'arrêter.
H
comme quoi la photo et la poésie se tiennent la main<br /> comme la profondeur de champ et la métaphore <br /> voir l'essentiel ou prendre du recul ...
Répondre
C
ça me rend bien service en ce moment d'avoir des photos en support pour écrire, une image vaut mille mots semble t-il.