L’arbre qui voulait voir la mer

Publié le 19 Septembre 2020

L’arbre qui voulait voir la mer

Etirant ses racines apparentes

Ces grosses pattes d’éléphant déposées sur le sol pauvre de la selva

Allongeant sa volonté

Déployant ses pieds bien au-delà, rentrés

Il parcourait le monde il allait droit devant

Il rencontra des chimères

Des quetzals

Des colibris aux tons délicats de pierres comme piqués par l’aura du monde

Il marcha à pas de velours sur une terre rouge comme le sang

Cette terre Guaranie…..

 

Il voulait voir la mer

Oh ! Comme il le voulait

Cette ceiba cet arbre de vie ce fromager

Du plus haut de sa cime là où

Les harpies convolent et nichent

Ce perchoir à singes et à oiseaux

Ce géant de la canopée avec son petit cœur de duramen

Tendre si tendre que le bruit des vagues

Lui manquait….

 

Oh ! Comme il lui manquait

Pourtant il n’avait jamais entendu chuchoter l’écume

Bruire le vent dans les feuilles des algues

Il n’avait jamais entendu ce grand orchestre des mouettes et des goélands

Tout habitué qu’il était à l’orchestre de la jungle

Mais il avait en lui un quelque chose qui lui parlait

Comme un vide

Comme une évidence.

 

Parvenu sur la plage

Bien fatigué il était mais heureux

S’étendait

Face à lui

Un bleu

Infini

Il y avait un peu de mouvement

Des larmes de coton blanc venaient s’échouer à ses pieds

Comme s’il était là aussi

Un arbre de vie

Vénéré.

 

Il se sentait bien face au calme interminable

Calme dans les sons naturels et vivants

Calme de la paix de l’âme

Reposant à ses pieds la furie du tumulte

Comme déposant un charivari empêchant de penser

(L’ego des hommes l’avait atteint lui aussi)

Il avait décidé de prendre pied

Il serait le premier de son espèce

Riverain

D’un océan fruit des lumières

Fleurs de corail de la canopée

Il serait un phare, un guide, un perchoir comme il savait le faire

Il prêterait main forte aux marins perdus hommes et animaux, sirènes, créatures marines

Il sourirait à la vie au large

Il réciterait des vers appris dans le livre sacré des Mayas

Il en profiterait pour faire le point sur sa vie d’arbre

Sur les enseignements.

 

Chatouillant ses racines géantes

Ses doigts de pieds de la selva

L’écume s’effaçait, prudente

Elle ne voulait pas éroder ces pieds de géant

Ils avaient marché depuis si loin

Là-bas dans la verte forêt menacée par les flammes

Menacée par les hommes et par les inconsciences collectives

Ici l’arbre avait frais, avait humide, avait eau, avait gouttes, avait bruine

C’était cela son trésor

Ce qui ferait courir le monde maintenant

Car le chaos était bien amorcé

L’écorce terrestre déjà consumée

Lui, l’arbre il avait voyagé pour le dire

Mais personne

Non, personne

N’avait compris son langage

Son message.

 

Carole Radureau (19/09/2020)

 

Rédigé par caro et hobo

Publié dans #L'arbre qui fait parler de lui

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S
voilà de la poésie comme je l'aime, à le lire je suizs cet arbre
Répondre
C
ça met en tête des images surréalistes de penser à cet arbre amazonien avec ses pattes d'éléphant qui marche jusqu'à la mer....j'aime bien moi aussi. Bon dimanche à toi.